Outrager impunément un greffier : mode d’emploi pour un racisme ordinaire

Mars 2023, une audience JAF dense, comme toujours, au TJ de Nevers.

La greffière sort de la salle d’audience pour chercher le dossier suivant.

Une avocate, par ailleurs en retard lors de l’appel des dossiers, semble estimer que tout retard légitime la bassesse, et annonce bruyamment :

« vous étiez au méchoui ou quoi ? ».

La remarque n’est pas anodine : Amida*, la greffière, est d’origine Maghrébine. Elle vient d’être victime d’un outrage.

Les propos racistes n’ont pas leur place dans un palais de Justice, et sont blessants. Au moment de l’outrage, Amida n’est plus une greffière compétente et expérimentée : elle n’est rien d’autre, pour cette avocate, qu’une maghrébine.

Le ministère de la Justice affiche une volonté forte, à longueur de déclarations, de campagnes de communication et de formations imposées, de combattre les préjugés et le racisme.

Et pourtant… l’avocate en question a été relaxée en appel, les faits ayant été poursuivis pour « outrage », et pas « outrage raciste ».

« Face à cette situation de retard de l’audience […] cette expression verbale n’était pas déplacée au regard du contexte » (extraits de l’arrêt d’appel).

Il n’est pas d’usage de commenter les décisions de Justice, et ce n’est pas plus mal : cela nous évitera l’emploi de termes désobligeants.

Les greffiers et plus généralement les agents des services judiciaires subissent quotidiennement le poids de conditions de travail rudes et ingrates. Ils ne sont en aucun cas responsables des retards juridictionnels, et rien ne justifie qu’ils servent de défouloir.

Si aujourd’hui on laisse impunis des propos racistes, demain ce seront des injures, des propos sexistes, homophobes, antisémites, haineux… qu’on se le dise, la porte est ouverte.

*

L’UNSa SJ déplore le message qui apparaît en filigrane de cette décision, et se tiendra TOUJOURS aux côtés des victimes de tels agissements dans le cadre de leurs fonctions.

Concernant Amida, son histoire n’est pas terminée : elle se pourvoit en cassation. Puissent les juges du quai de l’horloge lui apporter meilleure fortune.

Nous tenons à saluer chaleureusement l’initiative des collègues venus en robe soutenir la cause d’Amida et assister au délibéré : votre présence, votre soutien et votre solidarité font honneur à la profession.


* le prénom a été changé pour préserver l’anonymat de la victime

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