L’émotion ne doit pas empêcher le débat sur les réalités de la Justice.
L’UNSa Services Judiciaires exprime sa profonde émotion après le drame qui a coûté la vie à la jeune Lyhanna. Nos pensées vont à sa famille, à ses proches et à l’ensemble des personnes touchées par cette tragédie. Comme tous les citoyens, nous souhaitons que toute la lumière soit faite sur les circonstances de cette affaire et que les éventuels dysfonctionnements soient identifiés avec rigueur, transparence et objectivité.
Mais l’émotion légitime suscitée par ce drame ne peut conduire à occulter les réalités auxquelles sont confrontés quotidiennement les professionnels de la Justice.
Une déclaration présidentielle qui interroge
À la suite de cette affaire, le Président de la République a déclaré : « Je ne veux entendre aucun argument de moyens dans cette affaire. C’est une question de réponse, de fermeté, d’organisation et de responsabilités. »
Pour l’UNSa Services Judiciaires, cette affirmation appelle plusieurs observations. Bien évidemment, lorsqu’un drame survient, il est indispensable de rechercher les responsabilités éventuelles, d’analyser les décisions prises et de comprendre les éventuels dysfonctionnements.
Personne ne conteste cette nécessité.
En revanche, affirmer que la question des moyens serait sans lien avec le fonctionnement de la Justice revient à ignorer ce que vivent quotidiennement les personnels des juridictions.
Une réalité connue de tous les agents
Dans les tribunaux judiciaires, les cours d’appel et l’ensemble des services judiciaires, les agents sont confrontés à une charge de travail toujours plus importante :
- Les dossiers s’accumulent.
- Les délais s’allongent.
- Les vacances de postes persistent.
- Les réformes se succèdent.
- Les missions augmentent.
Et pourtant, les personnels continuent à faire fonctionner le service public de la Justice avec professionnalisme et engagement.
Magistrats, greffiers, adjoints administratifs, cadres greffiers, secrétaires administratifs, adjoints techniques, agents contractuels, directeurs des services de greffe judiciaires, attachés d’administration assurent chaque jour la continuité du service public malgré des conditions d’exercice de plus en plus difficiles.
Des constats également dressés au niveau européen
Les difficultés rencontrées par la Justice française ne sont pas une perception syndicale. Elles sont régulièrement documentées par les institutions européennes. Les rapports de la Commission européenne pour l’efficacité de la Justice (CEPEJ) montrent que la France demeure en retrait par rapport à de nombreux pays européens en matière d’effectifs judiciaires rapportés à la population.
Ces constats sont connus. Ils sont régulièrement rappelés par les organisations syndicales, les professionnels de Justice et les différentes instances représentatives.
Dès lors, il apparaît difficile d’écarter totalement la question des moyens lorsqu’il est question du fonctionnement de l’institution judiciaire.
Les personnels ne doivent pas devenir les boucs émissaires
À chaque affaire dramatique fortement médiatisée, la tentation est grande de rechercher immédiatement des responsables. Cette démarche est légitime lorsqu’elle vise à comprendre et à prévenir la répétition de tels drames. Elle devient plus contestable lorsqu’elle conduit à faire porter la responsabilité du dysfonctionnement d’un système sur les seuls professionnels qui le font fonctionner au quotidien.
Les personnels des services judiciaires n’ont pas à être désignés comme les responsables de toutes les difficultés rencontrées par une institution dont les fragilités sont connues depuis de nombreuses années.
Ils sont au contraire ceux qui, chaque jour, permettent à la Justice de continuer à fonctionner malgré les contraintes.
Défendre ceux qui font tenir la Justice
L’UNSa Services Judiciaires continuera à défendre l’ensemble des personnels des juridictions.
- Parce que la recherche de responsabilités individuelles ne doit jamais empêcher l’analyse des responsabilités institutionnelles.
- Parce que la qualité de la Justice dépend aussi des conditions dans lesquelles elle est rendue.
- Parce que les agents ne peuvent pas être sommés de faire toujours plus, toujours plus vite et toujours mieux avec des ressources qui demeurent insuffisantes au regard des besoins.
- Et parce que derrière chaque décision rendue, chaque audience tenue et chaque dossier traité, il y a des femmes et des hommes engagés au service de la Justice.
Plus que jamais, l’UNSa Services Judiciaires restera fidèle à son engagement : Défendre ceux qui font tenir la Justice.
UNSa SJ_CP_réaction aux déclarations du Président de la République