La spécificité des services judiciaires donne aux fonctions d’encadrement de proximité un caractère tout particulier : être cadre aux Services Judiciaires, c’est un véritable sacerdoce !
Comme de nombreux agents, ils font face à des conditions de travail rudes et ingrates.
Tout d’abord, le positionnement du cadre, à mi-chemin entre les agents et l’administration, conjugué à la complexité des relations hiérarchiques entre magistrats et personnels de greffe, les isolent pour partie du collectif de travail. Dans les faits, ils sont souvent rendus responsables de toutes les difficultés, sans pourtant avoir les moyens d’y remédier. Et si malgré le contexte défavorable les résultats sont là, ou s’ils parviennent à mettre de l’huile dans les rouages (sans pour autant avoir les coudées franches), les remerciements se font rares.
Ils ne sont pas épargnés par les difficultés auxquelles font face les agents en première ligne : pression des mails, surcharge de travail, sous-effectifs de leur corps mais aussi de leurs équipes, exigences statistiques, des urgences à traiter pour la veille et des interruptions constantes…
La multiplication des tâches et les urgences en cascade ne permettent plus de concilier les injonctions de la direction. Pourtant, la pression reste forte.
Cet isolement, parfois accentué par un isolement géographique et une insuffisance du réseau de pairs (qui se traduit par un sentiment de solitude exacerbé), rajoute à la complexité de ces fonctions.
Enfin, beaucoup de directeurs souffrent en silence de la perméabilité de la sphère professionnelle avec leur vie personnelle et familiale : combien lisent leurs mails pendant les vacances, voient leur plage horaire s’étendre, et combien travaillent les week-ends ? Cette pratique, de plus en plus généralisée, est inacceptable.
L’UNSa SJ dénonce et combat fermement cet isolement des cadres. Chaque métier est indispensable, et chacun a ses contraintes, mais rien ne permet de tolérer ce mal-être dont beaucoup d’encadrants témoignent :
« Il m’arrive de quitter le travail, épuisée. La charge mentale est plus importante et les insomnies plus nombreuses » nous indique Sylvaine*.
« Indépendamment de la charge de travail je suis dans l’impossibilité de décrocher » témoigne Pierre*.
« Aujourd’hui je me demande si je vais continuer dans ce métier. Cela pourrait être une belle profession mais je suis lassée des conditions dans lesquelles on l’exerce » regrette Amélie*.
Nous nous désolons de constater que ce découragement touche aussi les encadrants dès leur sortie de l’École. Face à toutes ces difficultés, l’UNSa SJ rappelle aux encadrants qu’ils ne sont pas seuls.
L’UNSa SJ a évoqué et combattu, à de nombreuses occasions, le mal-être lié à l’isolement et aux conditions de travail des cadres :
- Tout d’abord en rappelant le rôle capital de ces postes dans le fonctionnement de notre institution, notamment lors de nos déclarations liminaires en CAP des catégories A, en CSA des services judiciaires et aussi en CSA ministériel !
- Ensuite en dénonçant l’insuffisance de la formation et de l’accompagnement, notamment lors des échanges portant sur l’accord cadre QVCT signé par le garde des Sceaux en septembre 2025 (Qualité de vie et Conditions de Travail).
- En signant une nouvelle grille indiciaire pour la revalorisation des DSGJ.
- En se faisant le relais en région des inquiétudes et des difficultés exprimées par les cadres, par exemple eu égard à l’insuffisance de l’enveloppe budgétaire 2025 du CIA qui les a placé en situation d’arbitrage particulièrement compliquée, en soulignant la nécessité d’une revalorisation en leur faveur ou en dénonçant le manque de moyens avec lequel on exige d’eux le bon fonctionnement de nos juridictions : cf. nos déclarations liminaires des CSA-FS des Cours d’appel de Rennes, de Bourges, de Caen, de Grenoble… et partout en France !
- En formulant des propositions d’action pour lutter contre l’isolement et pour la reconnaissance : cellule de veille RPS, demande de création de réunion de pairs pour échanger sur les pratiques au sein d’un ressort, création de services de proximité RH, immobilier, informatique… véritables pôles de direction au sein de toutes les juridictions, travail sur la gouvernance.
L’UNSa SJ tient à rappeler l’existence des dispositifs de signalement et de soutien, et d’en souligner l’utilité.
Dispositif de signalement d’une part, qui prend forme au travers des registres SST que beaucoup craignent, et qui pourtant sont indispensables pour rendre visible la réalité du terrain. En ce sens, ils représentent un levier intéressant pour permettre aux chefs de Cour d’obtenir des moyens complémentaires.
Dispositifs de soutien d’autre part, car face aux conditions de travail difficiles, il est important d’en parler et de pouvoir se faire aider. Il s’agit des psychologues cliniciens des services judiciaires qui peuvent intervenir sur le plan individuel et sur le collectif. Il s’agit des psychologues du travail qui peuvent être un soutien en matière d’organisation du travail. Il s’agit également du numéro vert des services judiciaires (0 805 040 112 code 7070), qui au-delà de l’offre d’écoute et de soutien psychologique, comporte un module d’assistance au management.
L’UNSa SJ, sera toujours aux côtés des agents, quelle que soit leur place au sein de l’administration.
Nos représentants UNSa SJ en région restent disponibles pour échanger sur ces problématiques ; ils sauront relayer les difficultés mais aussi suggérer auprès des chefs de Cour des pistes d’action pour travailler à l’amélioration des situations, des conditions de travail, et lutter contre l’isolement des cadres.
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* pour garantir l’anonymat de nos sources, les prénoms ont été changés