Outre-mer : quand la réalité du terrain rattrape les discours

Retour sur les déplacements de Catherine Solivellas dans les juridictions ultramarines

Du 15 janvier au début du mois de février, Catherine Solivellas, secrétaire générale de l’UNSa Services Judiciaires, s’est rendue dans plusieurs juridictions d’Outre-mer : en Guyane, en Martinique et en Guadeloupe ; aux côtés de Christine Ciemniak, secrétaire régionale en charge de l’Outre-mer. Un déplacement fondateur, voulu dès sa prise de fonctions, pour aller voir, entendre et comprendre ce que vivent concrètement les agents des services judiciaires ultramarins.

Aller sur le terrain, écouter sans filtre

Ces déplacements avaient un objectif clair : rompre avec une vision parisienne et parfois abstraite de la Justice, et donner toute sa place à la parole des agents. Partout, le même constat s’impose : la justice ultramarine fonctionne sous tension permanente, portée par des personnels engagés mais épuisés.

Manque d’effectifs structurel, suractivité pénale croissante, postes vacants, polyvalence imposée, accès à la formation compliqué, pressions professionnelles accrues lors de situations sensibles… Les difficultés sont connues, mais trop souvent minimisées.

Guyane : des contraintes spécifiques, une exigence de réponses adaptées

En Guyane, territoire aux enjeux particuliers, les échanges ont permis de mesurer l’ampleur des contraintes locales. Ici plus qu’ailleurs, les réalités géographiques, sociales et sécuritaires exigent des réponses spécifiques. Le message est clair : la Justice ne se décrète pas depuis Paris. Elle se construit au plus près des juridictions et des agents, avec une connaissance fine du terrain.

Martinique : la fatigue d’un système à bout de souffle

À Fort-de-France, les agents ont décrit une pression professionnelle constante, une exposition médiatique forte lors de crises ou d’émeutes, et un sentiment d’usure profond. Être loin de Paris ne doit jamais signifier être loin des priorités ministérielles. Les collègues ultramarins ne demandent ni privilèges ni traitement de faveur : ils demandent des moyens à la hauteur des missions confiées, de la reconnaissance et du respect.

Guadeloupe : des conditions de travail indignes

En Guadeloupe, le constat est sans appel. Les conditions matérielles de travail observées sont indignes du service public de la Justice :

  • locaux dégradés, infiltrations d’eau, moisissures, présence de nuisibles,
  • open spaces invivables, promiscuité extrême,
  • agents contraints de travailler sans bureau ou avec des équipements insuffisants,
  • activité pénale en explosion, sans renforts adaptés.

Ces situations ont des conséquences directes : fatigue, absentéisme, collectifs fragilisés, agents en souffrance, sentiment d’insécurité passé sous silence.

Une parole claire, des engagements assumés

À l’issue de ces déplacements, Catherine Solivellas a pris un engagement fort : porter sans détour la réalité du terrain au plus haut niveau. « Je dénoncerai publiquement les conditions de travail indignes constatées sur le terrain et je défendrai, sans compromis ni langue de bois, nos collègues abandonnés, qui font tourner la Justice au prix de leur santé et de leur engagement. »

Le 10 février, lors des échanges avec la Direction des services judiciaires, l’UNSa SJ exigera des réponses concrètes, des moyens et des engagements fermes. Pas des promesses. Pas des discours.

Une justice une et indivisible

Ces déplacements rappellent une évidence trop souvent oubliée : il ne peut pas y avoir une justice à deux vitesses. La Justice de la République est une et indivisible, partout sur le territoire.

L’UNSa Services Judiciaires continuera de relayer, défendre et porter la voix des agents ultramarins, avec une priorité claire : défendre tous les personnels, partout, sans distinction de territoire. Parce que l’Outre-mer n’est pas à la marge de notre ministère.

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