Le 12 janvier dernier, le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, affichait un optimisme de rigueur dans un communiqué de presse vantant un « renforcement historique » des effectifs judiciaires. Pourtant, à la fin du même mois, le cri d’alarme lancé par vos représentants syndicaux dans la presse locale dresse un constat bien plus amer : celui d’une justice qui survit plus qu’elle ne se renforce.
Le mirage des chiffres officiels
Le ministère se félicite d’une trajectoire ascendante, affirmant que les objectifs de la Loi d’orientation et de programmation 2023-2027 (LOPJ) sont en passe d’être tenus. Selon la Place Vendôme :
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100 % de l’objectif est déjà atteint pour les attachés de justice (1 100 recrutements).
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60 % de l’objectif pour les magistrats serait atteint en incluant les auditeurs en formation.
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Plus de 50 % de l’objectif pour les greffiers serait également rempli.
Le ministère parle d’un « investissement inédit » pour améliorer la performance des 36 cours d’appel et 164 tribunaux judiciaires.
La réalité : Insuffisant !
Interrogé par La Presse de la Manche, le syndicat majoritaire UNSa Services Judiciaires, apporte un démenti cinglant à cette communication huilée. Si les postes existent sur le papier, leur impact concret est jugé « décevant » ou « à peine positif ».
Voici pourquoi le compte n’y est pas pour les personnels :
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L’effet de simple remplacement : ces renforts dits « massifs » ne servent en réalité qu’à pallier les postes vacants et les départs en retraite. Au lieu de renforcer les équipes, on se contente de boucher les trous.
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Une « Justice de temps de guerre » : Loin de la sérénité affichée par le ministre, le terrain décrit une situation d’urgence permanente où l’on doit « prendre moins de temps » pour chaque dossier.
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Le fiasco numérique : Alors que le ministère mise sur la performance, les nouvelles procédures informatiques sont qualifiées de « peu concluantes ». Les pannes récurrentes obligent les personnels de greffe à recommencer leurs tâches, aggravant encore la surcharge de travail.
Entre les communiqués de presse triomphants et le quotidien des tribunaux de Cherbourg, Coutances pour la Manche, le fossé se creuse. Recruter pour remplacer ne suffira jamais à créer le « choc de moyens » promis.
Pour l’UNSa Services Judiciaires, la réalité n’est pas celle des statistiques, mais celle d’un personnel épuisé par des outils défaillants et des effectifs qui ne font que maintenir la tête hors de l’eau.
Article de la Presse de la Manche du 29 janvier 2026 page 5, journaliste Louise BOERI. Copyright
Les effectifs des greffiers et magistrats affectés dans la Manche sont « à peine positifs »
Le nombre de greffiers et magistrats affecté à la cour d’appel de Caen et aux tribunaux judiciaires de la Manche n’est pas suffisant, dénonce l’UNSA.
