DECLARATION LIMINAIRE Formation spécialisée des services judiciaires du 13.10.2026

Monsieur le directeur des services judiciaires,

L’année 2026 touche à sa fin et pourtant, en termes de conditions de travail, nous ne sommes pas sortis de la préhistoire.

Des situations inacceptables, si nombreuses qu’il faudrait la journée pour toutes les lister, brisent silencieusement nos collègues, dont le quotidien devient un enfer.

Monsieur le directeur, soyez assuré que lorsque nous parlons de « situations inacceptables », l’expression n’est pas galvaudée, pas plus que la notion de « souffrance au travail » ! C’est la réalité du terrain et l’honnêteté vous commande de la regarder en face :

  • A Nanterre, où le greffe correctionnel, le tribunal pour enfants et le SAUJ étaient en grève la première semaine de septembre, et pour cause : 3000 jugements en attente, plus d’un an de délai pour les copies, des décisions à la limite de la prescription des peines, et un quotidien qui compose avec 120 absents sur 449
  • A Saint-Flour comme à Basse-Terre, où les locaux vétustes et inadaptés à l’activité juridictionnelle sont indignes d’une administration régalienne française
  • A Metz, où s’ajoutent à un absentéisme de 20 %, la déclinaison erratique du statut de cadre greffier et où certains cumulent fiche de poste de greffier et fiche de poste de DSGJ
  • A Toulouse, où les audiences tardives et les heures supplémentaires non récupérées finissent d’essorer les agents déjà malmenés par la multiplication des audiences, l’absentéisme et la pression du chiffre, au point de pousser plusieurs agents à la fuite (mobilité, détachement…)
  • A Mayotte, où la juridiction demande la création de postes à hauteur de 10% de l’effectif, révélant un sous-dimensionnement des services qui met à mal durablement les agents. A la merci des stocks débordants et des pics de saisines (CRA), ils doivent mettre de côté civil et JCP pour pallier les difficultés du pénal. Et ce n’est pas tout ! Les bâtiments ne sont toujours pas réparés depuis le cyclone Chido, la climatisation est défectueuse pour plus de la moitié des agents, et les perspectives d’amélioration sont renvoyées aux calendes grecques
  • A Beauvais, où le sujet récurrent de l’amiante rime avec « amateurisme » : l’absence de suivi sérieux des services centraux depuis des années a abouti à une fermeture provisoire d’un tribunal fin 2024 et à une fermeture partielle en 2025. Au-delà du risque grave auquel les collègues ont été exposés à l’occasion des divers travaux intervenus depuis plus de 15 ans, il persiste aujourd’hui une anxiété certaine et une perte de confiance qui doivent amener une réponse de vos services tant sur le suivi du risque amiante que sur le suivi médical des agents. Quel échec en termes de prévention !
  • Partout en France, où l’on craint que comme à Argentan ou Châteauroux l’année passée, l’arrivée de l’hiver et des premiers froids ne sonne le glas des chaudières vieillissantes réparées depuis des années à coups de rondelles en sucre.

 

La liste est encore longue…

Au milieu de ce pot-pourri de situations pathogènes et délétères, pour la première fois ce sont les agents qui se mobilisent en masse ou nous sollicitent pour déposer des préavis de grèves : Nanterre, le Puy en Velay, Toulouse et d’autres juridictions encore, avec un dénominateur commun : la surcharge de travail sur fond de sous-effectif et de sous-performance des applicatifs… Ces mouvements de greffe sont un cri de désespoir d’agents qui, comme le soulignent les psychologues cliniciens, demeurent fortement attachés au service public, au risque d’y laisser une partie d’eux-mêmes et de leur santé.

Face à ces constats alarmants, quelle a été la réponse de l’administration, sinon le mépris ?

  • Du mépris à Meaux, quand pour une journée de mobilisation (la seule de l’année), on a cru nécessaire d’intimider les agents la veille au soir en leur ordonnant de rester joignable en cas de réquisition… On marche sur la tête ! Le droit de grève est une liberté fondamentale, c’est intolérable !
  • Du mépris quand, à Nancy, à Marseille ou ailleurs, les nécessaires rénovations, réparations et opérations de maintenance sont contraintes au statu quo sous prétexte d’un projet immobilier lointain : climatisation, infiltrations d’eau, état des sols et risques de chute, moisissures imposant aux agents de porter une combinaison pour aller aux archives… un peu de bon sens : quand on projette de changer de voiture dans 5 ans, on continue de faire la vidange et l’entretien !
  • Du mépris quand on apprend lors d’un énième coup de com’, l’avènement d’un « choc numérique », sans l’ombre d’un dialogue social et à moyens constants (comprendre : outrageusement insuffisants), alors que dans le même temps en juridiction, certains services informatiques conseillent aux agents déjà surmenés de procéder à un double enregistrement pour pallier la débâcle de PORTALIS
  • Du mépris, quand une mesure d’expertise pourtant votée par les élus en formation spécialisée de Nanterre est écartée sans respect des textes, au prétexte de considérations budgétaires plus importantes que les risques psychosociaux
  • Du mépris quand, face à l’horreur d’un fait divers qui touche chacun de nous, la stigmatisation des collègues est préférée au soutien, et que le manque de moyens humains et matériels qui ronge notre institution est balayé d’un revers de main pour privilégier la recherche de responsabilités individuelles

 

Autrefois au fond des mines, les travailleurs emportaient avec eux un canari en cage. Le silence ou la mort subite de l’animal révélait la présence de gaz toxiques, alertant les ouvriers sur la nécessité de remonter d’urgence car le péril était imminent.

Monsieur le directeur, dans les greffes le canari ne chante plus. Quelles solutions concrètes proposez vous pour leur apporter une bouffée d’oxygène ?

Vous avez le pouvoir d’aider les contractuels et les agents des greffes à mieux travailler, montrez leur que vous en avez la volonté.

Les représentants du personnel UNSa SJ

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