Monsieur le directeur,
Les agents de votre direction se sont pour certains mobilisés il y a quelques semaines pour dénoncer leurs difficiles conditions de travail. Ils se mobilisent encore aujourd’hui à Toulouse et vont se mobiliser dans les jours prochains dans d’autres juridictions.
Ne pensez surtout pas qu’ils le font, instrumentalisés par telle ou telle organisation syndicale, dans le cadre d’une campagne électorale, comme ça a pu être dit par certains représentants de l’administration ou d’autres organisations syndicales. Ce serait une grossière erreur. Ils utilisent, et ils ont raison, les organisations syndicales pour les aider et les soutenir dans cette démarche.
Ils n’expriment pas un ressenti, comme nos directions aiment à le dire, mais leur profond mal-être, voire leur souffrance, même si ce mot dérange.
Ils vous disent aujourd’hui qu’ils n’en peuvent plus, qu’ils sont en mode « survie » et que, comme sur un échiquier, ils tombent les uns après les autres.
Ils n’en peuvent plus des sous effectifs chroniques, de l’absentéisme croissant, de la surcharge de travail exponentielle, de la pression qu’ils subissent pour exercer seuls les missions de deux, voire trois collègues, des menaces d’engagement de leur responsabilité, de l’empilement des réformes qu’ils doivent absorber les unes après les autres, du déséquilibre des ratios entre les effectifs de greffe et ceux de l’équipe dite « autour du magistrat », des heures supplémentaires impossibles à récupérer et qui sont écrêtées car impossibles à récupérer, d’un fonctionnement structurel dégradé, du manque de moyens matériels, des outils qui dysfonctionnent, du choc numérique qui n’aura d’autres effets que de placer l’institution judiciaire en état de choc, de tout ce qui vient les écraser, minute après minute, jour après jour, année après année…
Beaucoup se demandent comment ils vont pouvoir remplir leurs missions alors qu’ils découvrent tout juste notre ministère, d’autres comment ils arriveront à tenir encore un an, tant leur santé est déjà dégradée. Beaucoup sont en pleurs, certains après quelques jours seulement de fonction, d’autres sont touchés psychologiquement, bien plus profondément. Et au-delà de leur vécu professionnel douloureux, l’impact sur leur santé et sur leur vie personnelle et familiale est dévastateur.
Toute leur hiérarchie jusqu’à la plus haute fait mine de les entendre mais il ne se passe rien, on gagne du temps autant que possible, on ne propose pas de solution, pas plus que de concertation. Chacun regarde son mandat en se disant que ce sera le prochain qui aura à s’en occuper. En attendant, dans les juridictions, comme en administration centrale, il est toujours imposé de faire face à un empilement invraisemblable et inutile de réformes. Celles-ci, comme l’ensemble des textes soumis à chaque CSA mensuel, continuent d’être menées sans étude d’impact sur l’activité des greffes !
Nous avons conscience que tous les projets actuels, dans lesquels nous nous précipitons à marche forcée, participent à la constitution du bilan quinquennal, mais la priorité de notre ministère ne correspond ni aux besoins, ni à la réalité des agents que nous soutenons et soutiendrons encore.
Nous vous avions prévenu : les réformes statutaires et le début de reconnaissance des agents, si tant est que l’ensemble des engagements soient respectés par la direction des services judiciaires, ne suffiraient pas si elles n’étaient pas suivies d’une amélioration des conditions de travail.
Les premiers cadres greffiers qui arrivent au bout de leurs deux années d’engagement, ne voyant pas d’amélioration, envisagent déjà de partir. A ce titre, malgré la parole donnée, malgré deux auditions avec le Garde des Sceaux, aucune réponse ne nous est apportée sur la finalisation de l’application de la réforme sur la période transitoire (sur les 50 postes restant à pourvoir dans des conditions dérogatoires et l’accès au principalat) et il serait périlleux d’attendre la fin du mois du décembre pour nous dire qu’il est trop tard.
Les directeurs non considérés qui subissent une charge mentale conséquente prennent la même voie.
Et cela touche désormais nos autres corps de métiers qui restent en attente d’évolution de carrière et d’augmentation de pouvoir d’achat. Le besoin en effectif c’est maintenant, pour soutenir le choc numérique et ne pas causer le choc des effectifs.
Qui sera avec vous pour mettre en œuvre tous vos projets ? Qui sera encore en état de s’investir dans les services judiciaires ? Vos personnels perdent collectivement pied à défaut de réponses de votre part qui permet d’accompagner leur quotidien professionnel vers un progrès.
C’est bien ça notre réalité à tous !
C’est bien ça votre réalité de directeur !
Les limites ont été dépassées pour tous, c’est le dernier moment pour agir !
Nos collègues, qui ont une conscience professionnelle sans faille, ne demandent pas l’impossible. Ils demandent seulement à pouvoir exercer leurs missions dans des conditions normales, dignes et avec des moyens à la hauteur de leur responsabilité.
L’UNSa SJ apporte tout son soutien à ses courageux collègues et continue d’œuvrer pour que ne tombent pas ceux qui font tenir la justice.
Les représentants UNSa SJ